Bio

« A l’atelier, mon geste rencontre la surface du tableau. Toujours poussé par quelque chose de plus fort que ma volonté, des choses adviennent par mon action, je les fige et les laisse vivre par le regard. Le moindre trait en inspire un autre. Comme à la pêche, l’atelier fait appel à la ruse, au calme et à l’observation.

La notion du jeu (du côté de l’amusement et de l’énigme à résoudre) est très présente. Avant tout, je prends plaisir à me laisser surprendre et étonner.

Le traitement du dessin va au plus direct par une simplification schématique des éléments. Les quelques traits deviennent un signe reconnaissable. Dans ce sens, cette restitution de motifs agit pour le spectateur en symbole universel, comme un phénomène de déjà-vu. »

Texte écrit par Gabriel Grillot.

« La peinture et la gravure peuvent envier à la pêche – que Gabriel Grillot pratique, cultive et compare – sa minutie, pugnacité, simplicité, habileté, technique, son geste, relâchement, épuisement, ses ajustements, ainsi que la subtilité de la surface aqueuse allouée et enfin le mordant innocent et frétillant d’un poisson bien saisi. « Mégalo, mais pas trop » (titre d’une oeuvre), pour parvenir enfin à une expression élémentaire, Gabriel Grillot « accumule […] archive […] décante », fait « émerger […] écoute » jusqu’à ce que « ça [lui] parle », avec ce « besoin d’un point de départ ». Débutant à partir de dessins à l’encre, notamment issus de son enfance, il déploie des plaques, bâches de piscine, rideaux, ou toiles de tableaux en série, sur lesquels apparaissent des symboles, lettrages, signes et motifs, à force d’effacements, de passages et d’abréviations. Un soldat est mis au carreau, sur un brise-bise coloré. Des mouches tricolores volent la vedette à La Patrouille de France.

Avec sincérité et espièglerie toujours, il précise que marmot il voulut être chirurgien et avocat, bien qu’aujourd’hui c’est l’histoire de la peinture abstraite qu’il dissèque et défend dans une série de tableaux qui s’avèrent, de façon ironique et pertinente, quasi monochromes, sous le titre insubordonné : « Ravalement de façade ». Dans cette tranquillité d’une action concise sur la durée, la surprise se fait une place de choix, discrète et souveraine. Ce qui est partagé avec le spectateur, c’est donc cet « émerveillement » vécu au cours des « sessions d’atelier » duquel ressort à tous les coups une novation. « Chaque trait en inspire un autre » et en bout de course, « on ne sait pas trop ce qui fait forme ». Ataraxie faite peinture, de celui qui placarde entre les tempes de bonshommes hagards et effrontés : « Demain sera mieux ». Des exercices de style à la Raymond Queneau, dont la série se poursuit. »

Texte écrit par Anne Bariteaud,

Extrait du catalogue Suite à la crue soudaine de l’Iiyama, diplômé·es des mentions Art et Magma de l’École supérieure d’art et de design TALM-Le Mans, 2022 et 2023,

Editions EPCC Esad TALM-Le Mans, 2023.

« Peindre ou aller à la pêche, tel est le dilemme apparent d’un jeune peintre pressé pour qui ces deux passions se conjuguent plus qu’elles ne s’opposent puisqu’il ne cesse de les entrecroiser et de les comparer : pour Gabriel Grillot, la peinture consiste avant tout en une recherche perpétuelle de nouveaux supports, qui loin d’être anecdotique, devient une source d’inspiration dans sa pratique. Le support choisi sera la plupart du temps le point de départ d’une nouvelle exploration picturale, le motif d’une toile cirée pouvant s’intégrer à la robe du sujet peint en une espèce de fusion entre représentation et incorporation du réel. La bâche circulaire qui recouvrait naguère une piscine de jardin donnera naissance à un gigantesque smiley pour le coup doté d’un bleu inhabituel. Ce qui peut s’analyser apriori en une apologie de la contingence relève plus de la sublimation des matériaux qui peuplent notre quotidien et d’une déconstruction des codes de la peinture, l’artiste n’étant pas victime de ces supports mais seulement porté par ces derniers. »

Texte écrit par Patrice Joly,

A l’occasion de l’exposition collective Chaperons rouges, flaques, crues soudaines, et autres micro-récits tangentiels,

Du 13/01/24 au 03/02/24, à la Zoo Galerie, Nantes.